Sur les routes avec un distillateur ambulant, vieux métier en perdition.

en collaboration avec Florent Marconi.
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 Dernier distillateur ambulant professionnel comme l'avaient fait avant lui son grand-père,
puis son père, Jean-Christophe Lachaise  perpétue le savoir-faire de plusieurs générations.
Outre le fait de perpétuer une réelle tradition de cet art séculaire, Jean-Christophe en a fait
un art de vivre.
Son alambic, bijou familiale, est choyé et modernisé depuis plus de 70 ans. Monté par son
grand-père sur un châssis de camion américain provenant du débarquement de Normandie,
il sillonne de village en village l’extrême Nord de la Meuse et le Luxembourg belge.
Comme tous les ans, il est présent pour la distillation des fruits que lui apporteront les
propriétaires récoltant.
Le son du klaxon est un signal sans ambiguïté qui attire les sourires autour de l’alambic, la
chaudière est à bonne température, la distillation peut commencer. Il ne manque en fait
qu’un ingrédient, le fruit, et pour cette première de la nouvelle année ce sera du marc,
résultat des vendanges que l'on a laissé macérer durant plusieurs mois. D’où le nom de
marc : vin de chaudière.
Viticulteur, Claude ne manquerait ce rituel pour rien au monde. Chaque année, il garde près
de 1 000 litres de moût de raisin à distiller à l’occasion d’une exception culturelle, la mise à
l’honneur de Saint-Vincent, patron des vignerons, à Torgny, en Belgique, qui permet à Jean-
Christophe d’installer son alambic sur la place du village et d’y distiller toute la journée le
marc des dernières vendanges.
L'alambic ambulant est à chauffage au bois, comme à l'ancienne. A minuit, Jean-Christophe
allume la chaudière car la journée va être longue. Les autorisations ne lui permettent de
distiller que pendant 24h. Jouant sur les textes, Jean-Christophe débute la distillation à
00h01 et jusqu’à ce que tout soit distillé. L’opération prendra plus de 20h, non-stop.
Distiller prend du temps, alors pour passer la nuit, on se réchauffe autour d’un BBQ
improvisé dans la chaudière et l’on mange des crêpes, flambées à la goutte bien-sûr.
Partager un repas fait partie du rituel de ce moment de convivialité.
Quelques temps après, un mince filet s’écoule de l’alambic, c’est le marc. Il ne reste alors
plus qu’une étape, vérifier le degré d’alcool et ajuster légèrement.
Le seul vrai test, celui qui compte, c’est le temps de la dégustation. Mais doucement, car
pour l’apprécier pleinement, il faut attendre au moins 6 mois, dit-on, pour qu’elle développe
tous ces arômes.
Pour l’occasion, une messe est dite en fin de matinée où la statue du Saint-Patron y est
exposée. Les bouteilles y sont baptisées et c’est un concert de cors de chasse qui nous
accueille à la sortie de l’église.

Cet événement, organisé chaque année par le vignoble, est prisé par un public nombreux,
parfois venu de loin, permettant aux explorateurs de nouvelles gauloiseries de déguster des
jambons et saucisses cuits dans l’alambic donnant les saveurs du marc à la viande qui
accompagnera une potée fumante.
Seul le village de Torgny possède ce privilège, fruit d’un relationnel harmonieux entre la
Belgique et la France. Véritable atout social intergénérationnel d’un jour, l’alambic permet
de prouver que le territoire dispose de bons produits car chacun sait que l’on ne fait pas de
bons alcools sans bons fruits.
Après le temps des festivités, l’alambic est replié pour être installé dans le village voisin.
Le rituel ancestral est toujours le même : on apporte au distillateur le résultat des récoltes
fruitières, pommes, poires, prunes, mirabelles et parfois même des choses plus étonnantes
comme des framboises ou des bananes que teste cette année Sébastien.
Les fruits on en fait de la confiture, des tartes, des bocaux et quand il y en a de trop, des
tonneaux.
Le fruit doit être totalement broyé pour fermenter avant d’être distillé. Il ne reste plus qu’à
introduire le fruit dans l’alambic. Désormais tout vas ce jouer dans cet enchevêtrement de
tuyaux et de réservoirs. La chaleur et la pression vont faire tout le travail.
Les vapeurs d’alcool vont s’évaporer et être réfrigérées dans les colonnes de rectification
puis être refroidies dans le serpentin avant que la magie de l’alambic n’opère.
Et quand la liqueur se fait attendre, la musique aide à passer le temps.
Après la distillation, les liqueurs seront mises à l’air libre pour évaporer les méthanols puis à
vieillir sous grenier, en bonbonnes de verre ou plastique. Les écarts de température de -
10 °C à +35 °C assurent un bon vieillissement : la chaleur enlève l'ardeur et le froid concentre
les arômes et les affine.
Pour avoir le droit de distiller ses fruits, il faut simplement être propriétaire des arbres
fruitiers. Il vous en coûtera uniquement les droits de distillation.
Chaque venue de Jean-Christophe est désormais synonyme de fête.